Une étude des adventices de notre jardin nous a démontré comment celles que l’on appelle communément « mauvaises herbes » sont souvent des plantes très utiles voire très comestibles – mais pas toujours !

1 – La prêle

Du côté de notre terrain bordé par un cours d’eau, nous avons de grandes étendues de prêle des champs (equisetum arvense). Son nom latin – equisetum – signifie crin ou queue de cheval, à cause de son aspect.

La prêle est une plante assez curieuse en termes de botanique. Elle se présente en deux formes successives très différentes entre elles. La forme fertile de la plante ressemble très fortement à un champignon. Elle contient des sporanges sur la partie haute, destinées à la reproduction de la plante. La plante se développe ensuite sous sa forme stérile, qui consiste en une tige verte d’où sortent de fines feuilles pouvant faire penser à une queue de cheval.

La prêle des champs est comestible et a d’intéressantes propriétés médicinales. Elle contient en effet une dose de silice très élevée qui est très utile pour tout ce qui concerne les cheveux, les ongles, et la déminéralisation osseuse.

Au Japon, la partie fertile de la plante (le « champignon ») se consomme sous le nom de Tsukushi. Nous allons goûter ça je pense !!

Sa partie stérile (la tige verte) est très efficace en décoction pour prévenir les maladies cryptogamiques (causées par des champignons) du potager ou du verger.

La prêle aime les terrains humides; or ce sont justement ces terrains qui favorisent les maladies cryptogamiques. Il suffit donc de se servir directement dans le champ pour trouver un remède aux problèmes des cultures qui s’y trouvent.

Merveilleux non?

Forme fertile de la prêle ou tsukushi
Forme stérile de la prêle – photo par Rror

2 – La chicorée sauvage

Cette très jolie fleur bleue est très à l’aise dans notre région et recouvre les champs dès le début de l’été. Une lecture attentive de Wikipedia nous apprend que non seulement l’une de ses variétés est cultivée pour extraire de sa racine le substitut du café – l’ « ami de nos petits déjeuners » ….. mais qu’elle est à l’origine de nos endives et de nombreuses salades comme la chicorée frisée.

Bien qu’amère, elle est bien sûr comestible.

Chicorée sauvage – source: Wikipedia

3 – La bourrache

La bourrache est une autre merveilleuse fleur bleue. Cette plante comestible pousse librement dans les champs dès l’été mais elle est tellement aimée dans la cuisine ligure qu’elle y est cultivée pour ses feuilles qui servent aussi bien à colorer les pâtes en vert, qu’à être cuisinées en farce pour les raviolis. Les fleurs ont un léger goût iodé et sont excellentes parsemées dans les salades.

En France on la connaît surtout sous forme d’huile car ses graines pressées génèrent une huile très bienfaisante pour les peaux sèches ou abimées.

Tout est bon dans la bourrache!

Bourrache officinale – Photo par Par Dominicus Johannes Bergsma
Tagliatelles à la bourrache maison

4 – La phytolaque ou « raisin d’Amérique »

Cette grande plante vivace provenant d’Amérique, est envahissante et difficile à extirper. De plus, elle est toxique dans toutes ses parties. On lui accorde quand-même un joker car l’encre violette tirée de ses baies aurait été utilisée pour rédiger la Constitution des Etats-Unis.

Phytolaque avec ses baies mûres- photo par Huw William pour Wikipedia
Phytolaque dans notre terrain avec des baies encore vertes

5- L’inule visqueuse

Malgré son nom, l’inule visqueuse n’est pas visqueuse mais légèrement collante. Cette plante à fleur jaune, dont émane une forte odeur de camphre, fleurit à l’automne dans nos champs.

Alors que l’on pensait qu’il s’agissait d’une mauvaise herbe, l’inule visqueuse a été récemment réhabilitée car elle est utile dans le combat biologique contre la mouche de l’olivier. En effet, elle abriterait un parasite de cette mouche. Or, elle pousse justement au pied des oliviers de notre village. Raison de plus pour ne pas désherber!!

Inule visqueuse mais jolie

6 – Le laurier (sauce)

Nul besoin de planter les lauriers, ils poussent en arbrisseaux dans nos champs dans les endroits les plus inhospitaliers.

Leurs belles feuilles sombres et leurs baies sont bien connues pour leurs propriétés culinaires mais aussi médicinales.

Laurier sauce – Crédit photo Viaouest

7 – L’origan sauvage

L’origan sauvage pousse tout naturellement dans les champs et le long des sentiers. Bien qu’il ne s’agisse que d’une petite plante qui pourrait passer inaperçue, son parfum violent la trahit pour notre plus grand bonheur.

La qualité de l’origan de notre village est reconnue dans toute la région et ses bouquets sont vendus dans les marchés de la province. Nous le cueillons aussi bien sûr! Les bouquets sont d’abord séchés tête vers le bas, puis émiettés pour consommation pendant l’hiver.

Notre origan prêt à être séché

8 – La carotte sauvage.

Nous étions convaincus que nous ne pouvions pas planter des carottes dans notre potager dans la mesure où l’on avait appris qu’elles avaient besoin d’un terrain sablonneux pour développer leurs racines correctement; or notre terrain est plutôt dur et argileux.

Les carottes spontanées qui ont envahi nos champs cet été sont venues nous indiquer que nous nous trompions. Leur fleur blanche à ombelle est très caractéristique et on les reconnaît de suite. Nous faisons bien attention de vérifier qu’il y a bien, au centre de la fleur, les pétales violettes qui permettent de distinguer la carotte de la cigüe – il y a intérêt!! De toutes les façons, la racine de la carotte sauvage est tellement parfumée qu’il n’y a aucun doute sur son identité. Malheureusement, bien que théoriquement comestibles , les carottes sauvages sont extrêmement dures et de ce fait, sont pratiquement impossibles à cuisiner.

Carotte sauvage – photo par Kurt Stüber

9- La valériane rouge ou valériane des murs (centranthus ruber)

Eh non, il n’ y a pas que des ronces sur les murs de nos champs! Ils accueillent aussi de jolies fleurs rose vif, une (fausse) variété de valériane très commune chez nous.

Bien que le nom de valériane soit usurpé pour la valériane rouge car il ne s’agit que d’une plante cousine de la vraie valériane , elle serait également bénéfique pour traiter, par sa racine, les états nerveux.

Ce qui est sûr, c’est qu’elle attire les papillons et égaie nos champs. Cela nous suffit!

Valériane rouge sur nos murs

10 – L’oxalis

Terminons avec cette micro-plante à jolies feuilles en coeur qui font penser au trèfle, mais avec de petites fleurs à corolle jaune ou rose.Notre variété a des fleurs jaunes (oxalis corniculata).

Elle est très invasive et colonise sans demander l’avis de personne, les champs mais aussi les jardinières et les pots de fleurs.

Nous lui pardonnons son manque de tact car non seulement elle est très plaisante à regarder, mais elle est également comestible (en petites doses); ses feuilles peuvent parsemer les salades et leur donnent un goût un peu épicé ce qui explique leur intérêt comme condiment.

Nous avons retrouvé l’oxalis dans plusieurs préparations du chef 3*** Christophe Bacquié, comme dans cette merveilleuse cuiller à la crème d’artichaut!

Et penser que nous avons sous la main ce mets des meilleures tables! Le bonheur !

Oxalis corniculata par Olaf Leillinger
Feuille d’oxalis sur une cuiller de crème d’artichaut chez Christophe Bacquié

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